Aller au contenu
Studio créatif Gen-AI native

Blog/Empreinte carbone

IA et empreinte carbone. Ce que pèse vraiment une vidéo générée.

On entend tout sur l'empreinte de l'IA, et son contraire. Voici ce que mesurent les études publiées sur la génération vidéo, ce que pèse un tournage, et ce que les règles sur les allégations environnementales permettent d'en dire.

Ce que consomme une vidéo générée.

Les éditeurs des grands modèles fermés ne publient pas leur consommation. Les mesures disponibles portent sur des modèles ouverts, testés en laboratoire, le plus souvent sur la seule carte graphique. Elles suffisent pourtant à fixer des ordres de grandeur.

Les mesures publiées en 2026 situent une vidéo de 5 secondes en 720p entre 57 et 115 Wh selon le modèle, et autour de 9 Wh pour le plus sobre des modèles testés. Sur un autre banc d'essai, cinq modèles ouverts vont de 7 à 322 Wh par vidéo, soit dix à cent fois une image.

Pour se représenter ces chiffres : selon Google, la requête texte médiane de Gemini consomme 0,24 Wh. Une seule vidéo de 8 secondes en 720p, générée avec Wan 2.2, en vaut environ 1 600.

Les premiers chiffres, publiés en 2025, étaient bien plus élevés : près de 1 kWh pour 5 secondes dans le calcul du MIT Technology Review. Les mesures suivantes sont nettement plus basses. Elles dépendent surtout de la résolution, du nombre d'images, du nombre d'étapes de calcul et de la taille du modèle.

De l'électricité au carbone.

Une même vidéo ne pèse pas le même poids selon l'endroit où elle est calculée. En 2025, un kilowattheure produit en France émettait 29 g CO2e sur son cycle de vie. La moyenne européenne était de 210 g, celle des États-Unis de 384 g, la moyenne mondiale de 458 g.

Concrètement, une vidéo de 115 Wh représente environ 3 g CO2e sur le réseau français, 24 g sur la moyenne européenne et 53 g sur la moyenne mondiale. Le problème, c'est que les éditeurs ne disent pas où tournent leurs calculs.

Un film entier, c'est combien ?

Un film ne sort pas d'une seule génération. Chaque plan est généré, jugé, repris et choisi : la consommation suit le nombre d'essais, pas la durée du film. Aucune étude ne publie de moyenne d'essais par plan livré. Faisons donc le calcul avec des hypothèses larges.

Prenons un film de 30 secondes : six plans de 5 secondes, cinquante générations par plan retenu, soit 300 générations à 115 Wh. Cela fait environ 35 kWh. Multiplions ce total par 2,4 : c'est l'écart que Google publie, pour une requête texte, entre la consommation des seules puces et celle de toute l'infrastructure. On arrive à environ 83 kWh.

Sur le réseau français, cela représente environ 2,4 kg CO2e. Sur la moyenne mondiale, environ 38 kg. Ce calcul exclut l'entraînement des modèles et la fabrication du matériel, qu'aucune mesure par vidéo ne prend en compte.

Et un tournage ?

Au Royaume-Uni, les bilans carbone des productions publicitaires sont publics, grâce à AdGreen. En 2025, 2 295 bilans donnent une moyenne de 8,9 t CO2e par projet, et de 10,8 t pour les projets avec tournage. Les déplacements de personnes y pèsent 72 %, dont 65 % pour les seuls vols.

En France, les bilans Carbon'Clap d'Ecoprod montrent que la publicité est le format le plus émetteur à la minute, avec des projets qui montent jusqu'à 280 t CO2e. Transports, achats et décors, puis alimentation, y dominent.

Les ordres de grandeur sont donc très éloignés : quelques kilos d'un côté, plusieurs tonnes de l'autre. Mais les deux mesures ne comptent pas la même chose. Un bilan de tournage inclut les déplacements, les repas, les achats ; une mesure de génération, la seule électricité du calcul. Le MIT Technology Review le rappelle : l'idée qu'une vidéo générée émet moins qu'un tournage reste difficile à vérifier, d'autant que les volumes produits augmentent. Ce n'est pas une comparaison à périmètre égal, et nous ne présentons pas nos films comme « verts ».

La diffusion pèse aussi.

Un film, une fois livré, est regardé. En France, les usages audiovisuels ont consommé 13 TWh en 2022, soit 2,9 % de l'électricité du pays. L'essentiel de leur impact vient des écrans, bien plus que des centres de données. Selon l'Arcom, l'Arcep et l'ADEME, la publicité, surtout programmatique, peut alourdir jusqu'à 25 % l'impact du visionnage d'une vidéo.

Ce qu'une marque peut en dire.

La directive européenne 2024/825 devait s'appliquer dans toute l'Union le 27 septembre 2026. Elle interdit les allégations environnementales génériques, comme « écologique » ou « respectueux du climat », sans performance environnementale excellente reconnue. Elle interdit aussi les allégations de neutralité ou d'impact réduit fondées sur la compensation.

La France ne l'a pas encore transposée, mais la DGCCRF contrôle déjà ces allégations au titre des pratiques commerciales trompeuses. Pour une allégation environnementale, l'amende peut atteindre 80 % des dépenses engagées pour la campagne. Quant à la neutralité carbone, elle est encadrée depuis 2023 : bilan sur tout le cycle de vie, trajectoire de réduction, rapport public.

Pour une vidéo générée, la conclusion est simple : on peut donner des chiffres, avec leur méthode et leurs limites. On ne peut pas dire qu'une vidéo est « verte ».

Ce qui fait vraiment varier l'empreinte.

  • La taille de sortie. L'énergie croît avec le carré de la résolution et du nombre d'images, et en proportion du nombre d'étapes de calcul.
  • La taille du modèle. À réglages égaux, la grande version d'un même modèle consomme 2,6 à 4,6 fois plus que la petite.
  • Le nombre d'essais. L'énergie suit le nombre de vidéos générées ; les traiter par lots ne la réduit pas.
  • Le lieu du calcul. Entre le réseau français et la moyenne mondiale, l'écart va d'environ 1 à 16.

C'est aussi pour cela que nous montrons les pistes en images avant de lancer la production : on choisit une direction avant de multiplier les essais.

L'IA n'a pas une empreinte nulle. Elle a une empreinte qui se mesure, et qui dépend de la façon de travailler.

Chiffres à jour au 27 octobre 2026. Les mesures citées portent sur des modèles ouverts : les éditeurs de modèles fermés ne publient pas les leurs. Les calculs de scénario sont les nôtres, à partir des sources ci-dessous.

Sources

  1. Sustainable AI Group, « Lights, Camera, Carbon », prépublication, juillet 2026
  2. ML.ENERGY, Leaderboard v3.0, 29 janvier 2026
  3. « Video Killed the Energy Budget », Hugging Face, 23 septembre 2025
  4. MIT Technology Review, « We did the math on AI's energy footprint », 20 mai 2025
  5. Google Cloud, mesure de l'impact environnemental de l'inférence, 21 août 2025
  6. RTE, Bilan électrique 2025, février 2026
  7. Ember, Global Electricity Review 2026, 21 avril 2026
  8. AdGreen, 2025 Annual Review, avril 2026
  9. Ecoprod, chiffres clés Carbon'Clap et Label Ecoprod, mars 2025
  10. Arcom, Arcep et ADEME, impact environnemental des usages audiovisuels, 7 octobre 2024
  11. Directive (UE) 2024/825, Journal officiel du 6 mars 2024
  12. Projet Celsius, « EmpCo : qui contrôle les allégations vertes ? », 14 octobre 2026